Quand je reprends un dossier, je demande toujours le tableau de suivi des entretiens. Très souvent, il est encore construit sur l'ancienne règle : un entretien tous les deux ans et un bilan à six ans. Cette règle a été remplacée par la loi du 24 octobre 2025, entrée en vigueur le 26 octobre 2025. Voici le calendrier applicable aujourd'hui, quel que soit votre secteur et quel que soit votre effectif.
À retenir
Un entretien dans l'année qui suit l'embauche, puis tous les quatre ans, et un état des lieux récapitulatif tous les huit ans. Depuis le 1er octobre 2026, ce calendrier s'applique aussi aux entreprises couvertes par un accord d'entreprise ou de branche qui fixait une autre périodicité.
Ce qui a changé
| Jusqu'au 25 octobre 2025 | Règle en vigueur | |
|---|---|---|
| Nom | Entretien professionnel | Entretien de parcours professionnel |
| Premier entretien | Pas de règle distincte | Dans l'année qui suit l'embauche |
| Périodicité | Tous les deux ans | Tous les quatre ans |
| État des lieux récapitulatif | Tous les six ans | Tous les huit ans |
Le salarié doit être informé de ce droit dès son embauche. Un accord d'entreprise ou, à défaut, de branche peut toujours prévoir une autre périodicité, mais l'intervalle entre deux entretiens ne peut pas dépasser quatre ans.
Le 1er octobre 2026 : la fin des anciens accords
La loi avait laissé un délai aux entreprises et aux branches qui avaient négocié leur propre périodicité sous l'ancien texte : elles devaient ouvrir une négociation pour réviser leur accord. Ce délai est terminé. Depuis le 1er octobre 2026, l'article L. 6315-1 dans sa nouvelle rédaction s'applique aux accords d'entreprise ou de branche encore en cours de validité qui portent sur la périodicité des entretiens. Un accord qui prévoyait, par exemple, un entretien tous les cinq ou six ans ne permet plus de dépasser quatre ans.
Les entretiens à proposer en dehors du calendrier
L'entretien doit être proposé systématiquement au salarié qui reprend son activité après :
- un congé de maternité ou d'adoption, ou un congé supplémentaire de naissance ;
- un congé parental d'éducation ou une période de temps partiel prise dans ce cadre ;
- un congé de proche aidant ou un congé sabbatique ;
- une période de mobilité volontaire sécurisée ;
- un arrêt longue maladie ;
- un mandat syndical.
Cette obligation ne joue que si le salarié n'a eu aucun entretien de parcours professionnel dans les douze mois qui précèdent sa reprise. Le salarié peut demander que l'entretien ait lieu avant son retour.
Deux autres rendez-vous sont prévus par le texte : un entretien dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière, et, pour le premier entretien organisé dans les deux années qui précèdent les 60 ans du salarié, un échange sur le maintien dans l'emploi et les aménagements de fin de carrière (temps partiel, retraite progressive).
Comment il se déroule
- Il est organisé par l'employeur et mené par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction, pendant le temps de travail.
- Il porte sur les compétences et les qualifications du salarié, son parcours, ses besoins de formation, ses souhaits d'évolution, son compte personnel de formation (CPF) et le conseil en évolution professionnelle.
- Il donne lieu à un document écrit, dont une copie est remise au salarié.
À ne pas confondre
L'entretien de parcours professionnel ne porte pas sur l'évaluation du travail du salarié. L'entretien annuel d'évaluation, lorsqu'il existe dans l'entreprise, ne le remplace pas : ce sont deux rendez-vous distincts, avec deux comptes rendus distincts.
L'état des lieux à huit ans et les 3 000 €
Tous les huit ans d'ancienneté, l'entretien sert aussi d'état des lieux. Le premier état des lieux peut être réalisé sept ans après l'entretien de la première année. Il vérifie que le salarié a bien eu ses entretiens et permet d'apprécier s'il a suivi au moins une action de formation, acquis des éléments de certification et bénéficié d'une progression salariale ou professionnelle.
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, si le salarié n'a eu, sur ces huit ans, ni les entretiens prévus ni au moins une formation autre qu'une formation obligatoire, l'employeur doit abonder son CPF de 3 000 € (montant fixé par l'article R. 6323-3 du code du travail, en vigueur au 5 octobre 2026). La somme est versée à la Caisse des dépôts et consignations au plus tard le dernier jour du trimestre civil qui suit la date de l'entretien d'état des lieux. En cas de contrôle, si le versement n'a pas été fait ou s'il est insuffisant, l'entreprise est mise en demeure de régulariser ; à défaut, elle verse au Trésor public le montant manquant majoré de 100 %.
Exemple : dans un réseau de 60 salariés, l'état des lieux fait apparaître 12 salariés sans entretien et sans formation non obligatoire sur huit ans. L'abondement dû est de 12 × 3 000 € = 36 000 €. Sans versement après mise en demeure, la somme due au Trésor public est de 72 000 €.
En dessous de 50 salariés, cet abondement ne s'applique pas, mais l'obligation d'organiser les entretiens est la même : le texte vise tout salarié.
Les points que je contrôle en priorité
- L'information du salarié sur l'entretien de parcours professionnel au moment de l'embauche, avec une trace écrite.
- La date du premier entretien de chaque salarié embauché depuis le 26 octobre 2025 : elle doit tomber dans sa première année.
- Le tableau de suivi, recalé sur quatre ans et huit ans à la place de deux ans et six ans.
- L'accord d'entreprise ou de branche appliqué jusqu'ici : s'il prévoit plus de quatre ans entre deux entretiens, il ne s'applique plus sur ce point depuis le 1er octobre 2026.
- Les retours de congé maternité, de congé parental et d'arrêt longue maladie : entretien proposé, avec une trace écrite de la proposition.
- Le compte rendu écrit de chaque entretien et la preuve de la remise d'une copie au salarié.
- À partir de 50 salariés : la liste des salariés qui approchent de l'état des lieux sans formation non obligatoire.
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Sources officielles
- Code du travail, article L. 6315-1 (entretien de parcours professionnel, version en vigueur depuis le 31 décembre 2025)
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, article 3 (nouvelle périodicité et application aux accords au 1er octobre 2026)
- Code du travail, article L. 6323-13 (abondement du CPF dans les entreprises d'au moins 50 salariés)
- Code du travail, article R. 6323-3 (abondement de 3 000 €, version en vigueur depuis le 1er février 2026)
- Décret n° 2026-39 du 28 janvier 2026 relatif à la période de reconversion et aux entretiens professionnels
- Service-public.fr – Qu'est-ce qu'un entretien de parcours professionnel (EPP) ? (fiche vérifiée le 1er octobre 2026)
